Mohenjo-daro et la civilisation de la vallée de l'Indus
Vers 2600-1900 av. J.-C., une civilisation urbaine s'épanouit dans la plaine alluviale de l'Indus et de ses affluents, dans ce qui est aujourd'hui le Pakistan et le nord-ouest de l'Inde. Connue sous le nom de civilisation de l'Indus, de civilisation harappéenne ou de civilisation de Mohenjo-daro (du nom de son plus grand site connu), elle fut l'une des premières grandes civilisations urbaines de l'humanité — contemporaine de Sumer en Mésopotamie et de l'Égypte pharaonique de l'Ancien Empire. Elle reste l'une des civilisations anciennes les moins bien comprises, en grande partie parce que son écriture n'a pas été déchiffrée.
La découverte et les fouilles
Mohenjo-daro fut découvert lors de fouilles dirigées par R.D. Banerji en 1922, et fouillé ensuite par John Marshall, Ernest Mackay et leurs équipes au cours des décennies suivantes. Le site est localisé dans la province du Sind (Pakistan actuel), à 68 kilomètres de l'Indus actuel. Les fouilles révélèrent une ville planifiée d'une superficie d'environ 300 hectares, organisée en une citadelle surélevée à l'ouest et une ville basse à l'est.
L'urbanisme
L'urbanisme de Mohenjo-daro est l'une de ses caractéristiques les plus remarquables. La ville basse est organisée selon un plan en grille assez régulier, avec des rues principales larges orientées selon les points cardinaux et des rues secondaires perpendiculaires. Les maisons sont construites en briques cuites standardisées (d'un rapport longueur-largeur-hauteur de 4:2:1, remarquablement constant dans toute la civilisation de l'Indus) et tournent souvent le dos à la rue principale, donnant sur des cours intérieures.
Ce qui frappe le plus les visiteurs est le système d'évacuation des eaux : presque chaque maison avait accès à un puits, à des latrines et à un système d'égouts connecté à des collecteurs sous les rues. Ce niveau d'infrastructure sanitaire urbaine n'a aucun équivalent dans le monde contemporain et ne fut retrouvé en Europe occidentale que dans les villes romaines deux millénaires plus tard.
La citadelle et le Grand Bain
La citadelle de Mohenjo-daro, surélevée sur une plateforme de briques, comprend plusieurs bâtiments publics dont le célèbre Grand Bain — un bassin d'eau de 12 m x 7 m, étanche grâce à un revêtement de bitume, entouré de couloirs et de chambres. Sa fonction exacte est inconnue, mais sa taille et son soin de construction suggèrent un usage rituel ou cérémoniel. On a aussi identifié un grand bâtiment interprété comme un grenier collectif et ce qui semble être un bâtiment d'assemblée.
L'économie et les échanges
La civilisation de l'Indus maintint des contacts commerciaux à longue distance avec le Golfe Persique et la Mésopotamie. Des sceaux en stéatite portant des inscriptions harappéennes ont été retrouvés à Ur et dans d'autres sites mésopotamiens. De la carnéolite et du lapis-lazuli d'Afghanistan circulaient dans toute la région. Les analyses chimiques des cuivres et des bronzes montrent des matières premières provenant d'Oman, du Rajasthan et d'Asie centrale. Des textiles de coton — la civilisation de l'Indus est l'une des premières à avoir domestiqué le coton — ont peut-être été exportés vers l'ouest.
L'écriture non déchiffrée
La civilisation de l'Indus possédait un système d'écriture — environ 400 signes identifiés sur des sceaux, des tablettes de cuivre et des outils — qui n'a jamais été déchiffré malgré de nombreuses tentatives. L'absence d'un texte bilingue (comparable à la pierre de Rosette) et le faible nombre de signes identifiés dans chaque inscription rendent le déchiffrement extrêmement difficile. On ne sait pas quelle langue ou quelle famille de langues était notée.
Le déclin et les causes
La civilisation de l'Indus déclina rapidement entre 1900 et 1700 av. J.-C. Les sites furent abandonnés, les réseaux d'échange se contractèrent, la production de sceaux et d'autres objets standardisés cessa. Plusieurs hypothèses ont été avancées pour expliquer ce déclin : changements climatiques (aridification de la région) qui auraient réduit les crues nécessaires à l'agriculture d'inondation ; déplacement du cours de l'Indus et de ses affluents ; maladies ; invasions (l'hypothèse d'une invasion indo-aryenne, longtemps populaire, est aujourd'hui largement rejetée par l'archéologie). La cause la plus probable est une combinaison de changements environnementaux et de réorganisations politiques régionales.
La question de la gouvernance harappéenne
L'une des questions les plus intrigantes sur la civilisation de l'Indus est celle de sa structure politique. Contrairement à la Mésopotamie et à l'Égypte, elle ne semble pas avoir produit de palais royaux, de tombes princières ou d'inscriptions glorifiant des dirigeants. Aucun bâtiment n'a encore été identifié avec certitude comme siège d'un pouvoir politique centralisé. L'absence de représentations de guerriers ou de batailles dans l'art harappéen est également frappante.
Ces absences ont conduit certains chercheurs à proposer que la civilisation de l'Indus était gouvernée par une élite de marchands plutôt que par des rois-prêtres ou des souverains militaires, ou qu'elle était organisée en cités-États relativement autonomes liées par des réseaux commerciaux mais sans État centralisé. D'autres interprètent les absences comme des biais archéologiques — les structures de pouvoir pouvaient être représentées dans des matériaux périssables, ou n'avoir laissé que des traces que nous n'avons pas encore appris à reconnaître.
La conservation de Mohenjo-daro
Mohenjo-daro est l'un des sites archéologiques les plus menacés du monde. La montée du niveau de la nappe phréatique due à l'irrigation intensive dans la région environnante fait remonter des sels par capillarité dans les briques anciennes, les désagrégeant progressivement. L'UNESCO a lancé plusieurs campagnes de conservation depuis les années 1970 avec des résultats partiels. Paradoxalement, certaines des briques les mieux préservées sont celles encore enterrées et protégées par le sol — leur fouille risquerait de les exposer à la dégradation.
La contrainte pakistanaise sur les fouilles est également forte : le pays préfère que l'essentiel du site reste enfoui, protégé par le sol, plutôt qu'exposé à des processus de dégradation accélérés. Les techniques d'imagerie géophysique (GPR, magnétométrie, résistivité) permettent aujourd'hui d'explorer les parties non fouillées sans les endommager, ouvrant des perspectives de recherche compatibles avec les impératifs de conservation.
Les sceaux harappéens et leur symbolisme
Parmi les objets les plus remarquables de la civilisation de l'Indus figurent les sceaux en stéatite. Ces petits objets carrés (généralement 2-3 cm de côté) portent des inscriptions en écriture harappéenne et des représentations d'animaux — principalement une créature à une seule corne souvent qualifiée de « licorne » harappéenne (probablement un bœuf représenté de profil), mais aussi des éléphants, des rhinocéros, des tigres, des buffles et des crocodiles.
Plusieurs milliers de sceaux ont été retrouvés à Mohenjo-daro, Harappa et d'autres sites. La présence de sceaux identiques ou similaires dans des sites distants de plusieurs centaines de kilomètres confirme l'intégration économique de la civilisation. Des sceaux harappéens retrouvés dans des contextes mésopotamiens illustrent les réseaux d'échange à longue distance.
À explorer sur la carte
Mohenjo-daro est répertorié sur la carte. Harappa, l'autre grand site de la civilisation de l'Indus, est aussi visible sur la carte avec ses informations d'accès.