← Retour au blog

Top 10 des sites archéologiques islamiques

L'archéologie islamique est une discipline en plein développement, longtemps considérée à tort comme « du ressort de l'histoire » plutôt que de l'archéologie. Depuis les années 1970, des fouilles systématiques sur des sites allant des premières mosquées de la péninsule arabique aux villes commerçantes de l'Afrique sub-saharienne islamique ont produit une archéologie de la civilisation islamique aussi riche que celle des civilisations antiques. Voici dix sites représentatifs.

1. Samarra, Irak

Samarra, capitale du califat abbasside de 836 à 892 apr. J.-C., est l'une des plus grandes villes islamiques médiévales jamais construites — s'étendant sur environ 60 km le long du Tigre. Sa Grande Mosquée (847 apr. J.-C.) avec sa tour en spirale (malwiya) de 52 mètres est l'un des monuments islamiques les plus spectaculaires. Le site, partiellement fouillé par des expéditions allemandes et irakiennes, est inscrit au patrimoine mondial de l'UNESCO depuis 2007 (en péril).

2. Hégra (Madain Saleh), Arabie Saoudite

Hégra, principale ville nabatéenne après Pétra, comprend des centaines de tombes rupestres nabatéennes dans un paysage de rochers rouges et de dunes. Ces tombes, datant du Ier siècle av. J.-C. au IVe siècle apr. J.-C., s'intègrent dans la route de l'encens qui reliait l'Arabie du Sud à la Méditerranée. Hégra fut aussi l'une des premières destinations de pèlerinage islamique en dehors de La Mecque (route des armées de Mohammed). Classé au patrimoine mondial de l'UNESCO en 2008.

3. Kilwa Kisiwani, Tanzanie

Kilwa Kisiwani, sur une île côtière de Tanzanie, fut entre le XIIIe et le XVe siècle l'un des ports commerciaux les plus importants de l'Océan Indien, exportant de l'or zimbabwéen, de l'ivoire et des esclaves vers l'Inde, la Chine et l'Arabie. Ses palais (dont le Husuni Kubwa, le plus grand bâtiment médiéval connu d'Afrique subsaharienne), sa Grande Mosquée et ses entrepôts témoignent d'une prospérité commerciale exceptionnelle. Classé au patrimoine mondial de l'UNESCO en 1981.

4. Leptis Magna (Grande Mosquée), Libye

Le minaret de la mosquée médiévale de Leptis Magna, construit à partir de colonnes romaines récupérées, illustre la conversion d'espaces romains à usage islamique — une pratique courante en Afrique du Nord des VIIe-XIe siècles.

5. Qusayr Amra, Jordanie

Qusayr Amra (fin du VIIe – début du VIIIe siècle apr. J.-C.) est un petit palais de désert omeyyade dont les pièces de bain sont décorées de fresques remarquables — représentations de rois et souverains vaincus, scènes de chasse, personnages féminins nus et représentations zodiacales — qui illustrent le caractère séculier de certains aspects de la culture omeyyade. Classé au patrimoine mondial de l'UNESCO en 1985.

6. Timbuktu (Tombouctou), Mali

Tombouctou (XIIe-XVIe siècles) fut l'un des grands centres intellectuels du monde islamique médiéval, avec ses universités coraniques qui conservaient des centaines de milliers de manuscrits. Ses trois grandes mosquées (Djinguereber, Sankore, Sidi Yahia) sont les monuments les plus importants. Classé au patrimoine mondial de l'UNESCO en 1988.

7. Fustat (Vieux Caire), Égypte

Fustat, fondée en 641 apr. J.-C. par les conquérants arabes comme premier camp militaire d'Égypte, fut le noyau du futur Caire. Des fouilles dans les quartiers du Vieux Caire ont mis au jour les niveaux islamiques primitifs avec des maisons, des ateliers de céramique (la céramique lustrée fatimide de Fustat est parmi les plus belles de l'Islam médiéval) et une mosquée.

8. Suse islamique, Iran

La ville médiévale de Suse (Shush), construite sur les ruines de l'antique Suse achéménide et élamite, présente une mosquée du IXe siècle et des niveaux islamiques médiévaux fouillés lors des campagnes françaises. Elle illustre la continuité d'occupation de ce site exceptionnel sur 5 000 ans.

9. Al-Hasa, Arabie Saoudite

La région d'Al-Hasa au Qatar et en Arabie orientale abrite des vestiges de l'islam médiéval précoce, avec des mosquées de plein air à « qibla » marquée uniquement par des pierres dressées, datant des premiers siècles de l'ère islamique.

10. Anjar, Liban

Anjar est une ville omeyyade unique au Liban, fondée au début du VIIIe siècle par le calife al-Walid Ier sur un plan orthogonal d'inspiration romaine. Ses rues à colonnade, son grand palais, sa mosquée et ses petits palais font d'Anjar la ville omeyyade planifiée la mieux préservée connue. Classé au patrimoine mondial de l'UNESCO en 1984.

L'archéologie islamique : une discipline en construction

L'archéologie islamique a longtemps souffert d'un déficit de reconnaissance. Des chercheurs comme Oleg Grabar (Harvard), Pierre Guichard (Lyon) ou Stephen Humphreys ont plaidé pour une archéologie de la civilisation islamique qui ne se limite pas à l'art et à l'architecture des grandes dynasties mais qui aborde la vie quotidienne, l'économie, les périphéries et la diversité régionale d'une civilisation qui s'étend de l'Espagne à l'Indonésie et du VIIe siècle à nos jours.

Les méthodes spécifiques à l'archéologie islamique incluent l'analyse de la céramique (dont les types évoluent rapidement et permettent une datation précise), l'étude des monnaies et des poids de commerce, l'archéologie agraire (systèmes d'irrigation, utilisation du sol), et la numismatique. L'intégration des sources écrites — considérables dans le monde islamique médiéval — avec les données archéologiques est un défi méthodologique constant.

Des régions entières restent insuffisamment documentées archéologiquement, notamment l'Afrique subsaharienne islamique (Sahel, côte est-africaine), l'Asie centrale (villes de la route de la Soie aux IXe-XIIe siècles), et le monde rural islamique de toutes les régions. Les fouilles récentes à Kilwa Kisiwani, à Sijilmasa, à Shibam au Yémen et dans d'autres sites commencent à combler ces lacunes.

À explorer sur la carte

Des sites islamiques médiévaux en Jordanie, au Mali et en Afrique orientale figurent sur la carte.