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Visiter les sites du patrimoine mondial de l'UNESCO

Il y a plus de 1 200 sites inscrits au patrimoine mondial de l'UNESCO dans le monde. Leur logo en noir et blanc — un carré dans un cercle — est l'un des signes distinctifs les plus reconnaissables sur les panneaux touristiques. Pourtant, ce que ce label implique concrètement, en termes de protection, de financement et de responsabilité, est beaucoup moins connu que sa réputation de prestige.

La Convention de 1972

La Convention concernant la protection du patrimoine mondial, culturel et naturel a été adoptée par la Conférence générale de l'UNESCO le 16 novembre 1972 à Paris. Elle repose sur une idée centrale : certains biens — naturels ou culturels — ont une valeur universelle exceptionnelle qui dépasse la souveraineté nationale, et leur protection est une responsabilité collective de l'humanité. À ce jour, 195 États sont parties à la convention.

La Convention ne transfère pas la propriété du site à l'UNESCO : le site reste sous la juridiction et la responsabilité de l'État sur le territoire duquel il se trouve. L'État s'engage en revanche à garantir l'identification, la protection, la conservation, la mise en valeur et la transmission aux générations futures du patrimoine inscrit.

Le Comité du patrimoine mondial

Le Comité du patrimoine mondial, composé de représentants de 21 États élus, se réunit chaque année (généralement en juillet) pour examiner les nouvelles candidatures, suivre l'état de conservation des sites inscrits et, si nécessaire, inscrire ou retirer des sites de la Liste du patrimoine mondial en péril. C'est une instance politique autant que scientifique : les rapports d'évaluation sont préparés par les Organisations consultatives (ICOMOS pour les biens culturels, UICN pour les biens naturels), mais la décision finale appartient aux représentants gouvernementaux.

Les critères de valeur universelle exceptionnelle

Pour être inscrit, un bien doit satisfaire au moins un des dix critères définis dans les Orientations pour la mise en oeuvre de la Convention (régulièrement révisées). Les critères (i) à (vi) concernent les biens culturels :

(i) Représenter un chef-d'oeuvre du génie créateur humain — Le Taj Mahal, le Parthénon.

(ii) Témoigner d'un échange d'influences considérable — La Grande Muraille de Chine, qui reflète des influences techniques de plusieurs dynasties.

(iii) Apporter un témoignage unique ou du moins exceptionnel sur une tradition culturelle ou une civilisation vivante ou disparue — Pétra, les ruines nabatéennes.

(iv) Offrir un exemple éminent d'un type de construction ou d'ensemble architectural ou technologique ou de paysage illustrant une ou des périodes significatives de l'histoire humaine — Versailles, le mur d'Hadrien.

(v) Être un exemple éminent de l'établissement humain traditionnel, de l'utilisation traditionnelle du territoire ou de la mer, qui soit représentatif d'une culture ou de l'interaction humaine avec l'environnement, spécialement quand celui-ci est devenu vulnérable sous l'impact de mutations irréversibles — Skara Brae, Chan Chan.

(vi) Être directement ou matériellement associé à des événements ou des traditions vivantes, des idées, des croyances ou des oeuvres artistiques et littéraires ayant une signification universelle exceptionnelle — le camp de concentration d'Auschwitz-Birkenau ; ce critère est le plus controversé car le plus subjectif.

Les critères (vii) à (x) concernent les biens naturels (phénomènes géologiques, biodiversité, paysages naturels).

La liste en péril

La Liste du patrimoine mondial en péril recense les sites pour lesquels des travaux majeurs de conservation sont nécessaires, dont la protection requiert des ressources supérieures à celles que l'État concerné peut mobiliser seul, ou qui sont menacés par un danger grave et précis. L'inscription sur la liste en péril ne constitue pas une sanction : elle est censée déclencher une aide internationale et une attention accrue.

Hatra (Irak), partiellement détruite par Daesh en 2015, a été inscrite sur la liste en péril en 2015 ; elle reste inscrite pendant que des travaux de restauration sont conduits. Palmyre (Syrie), également dévastée par Daesh en 2015, reste inscrite sur la liste principale malgré les destructions massives — une décision politique signalant que la communauté internationale ne renonce pas à la restauration. Dubaï et d'autres États ont financé des opérations de relevé 3D destinées à alimenter une reconstruction éventuelle.

L'inscription en péril peut aussi concerner des sites moins médiatisés : le parc national des Everglades (États-Unis) a été inscrit sur la liste en péril à deux reprises en raison de la dégradation de son système hydrologique.

La liste indicative

Avant qu'un bien soit soumis à candidature formelle, l'État doit l'avoir inscrit sur sa liste indicative, inventaire préalable des biens qu'il envisage de présenter dans les dix années à venir. La liste indicative est publique et consultable sur le site de l'UNESCO ; elle donne une idée des sites qui pourraient prochainement rejoindre la liste mondiale.

Ce que l'inscription apporte — et ce qu'elle ne garantit pas

L'inscription génère plusieurs effets concrets : une visibilité internationale qui se traduit généralement par une augmentation du tourisme ; une légitimité politique qui renforce la protection légale nationale ; un accès potentiel au Fonds du patrimoine mondial (environ 4 millions de dollars annuels disponibles pour des projets spécifiques, somme modeste au regard des besoins). Le Fonds finance des plans de gestion, des formations, des inventaires — pas la restauration de monuments.

Ce que l'inscription ne garantit pas : un financement automatique, une protection physique permanente, ni la prévention des destructions. Liverpool Maritime Mercantile City a été retiré de la liste du patrimoine mondial en 2021 pour cause de constructions modernes ayant altéré la valeur universelle exceptionnelle du site — il s'agit seulement du troisième retrait de l'histoire de la liste.

La pression touristique accrue

L'un des effets paradoxaux de l'inscription UNESCO est l'augmentation spectaculaire de la fréquentation touristique qui suit généralement l'attribution du label. Le Machu Picchu, inscrit en 1983, est passé de quelques dizaines de milliers de visiteurs par an à plus d'un million en 2019. Cette pression impose des investissements en infrastructure, en gestion des flux et en conservation qu'une partie des États peine à financer malgré les revenus générés.

La réponse la plus efficace est la limitation des quotas journaliers (Machu Picchu, Galápagos) et la réservation obligatoire à l'avance (Stonehenge, Angkor). La carte signale les systèmes de réservation en vigueur pour les sites les plus fréquentés, et permet de planifier une visite aux moments et horaires où la pression est moindre.