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L'archéologie subaquatique : fouiller sous les eaux

L'archéologie subaquatique est souvent réduite dans l'imagination populaire à la chasse aux trésors en bouteille. La réalité est infiniment plus rigoureuse et plus technique que cette image : il s'agit d'appliquer sous l'eau les mêmes méthodes d'enregistrement stratigraphique et de documentation contextuelle que sur terre, dans des conditions de visibilité limitée, de courant, de décompression et de fenêtres de plongée restrictives.

L'épave d'Uluburun (vers 1300 av. J.-C.)

L'épave d'Uluburun, découverte en 1982 par un plongeur d'éponge au large de Kaş, dans le sud-ouest de la Turquie, est la fouille sous-marine la plus importante jamais menée. Entre 1984 et 1994, Cemal Pulak pour l'Institute of Nautical Archaeology (INA) dirigea 22 464 plongées sur le site, situé entre 44 et 61 mètres de profondeur. La cargaison du navire, daté par dendrochronologie de vers 1306 av. J.-C., contenait dix tonnes de lingots de cuivre cypriote en forme de peau de boeuf, une tonne d'étain, de l'ébène et de l'ivoire africains, des scarabées égyptiens, une tablette en bois encirée (le plus ancien livre à reliure connu), des amphores cananéennes, de la résine de térébinthe et un diptique en ivoire. Le navire illustrait les réseaux d'échange du Bronze final entre Méditerranée orientale, Égypte et Proche-Orient avec une précision que les textes de Tell el-Amarna avaient laissé deviner. Les objets sont exposés au Musée d'Archéologie Sous-Marine de Bodrum.

Le Vasa, Stockholm

Le Vasa, navire de guerre suédois qui coula en 1628 dans le port de Stockholm lors de son voyage inaugural, fut renfloué en 1961 après une localisation par l'amateur Anders Franzén. Ses conditions de gisement — eaux saumâtres et froides de la Baltique, pauvres en térébrant marin (Teredo navalis) — avaient préservé 95 % de sa structure en bois d'origine. Plus de 25 000 artefacts furent récupérés, dont des sculptures polychromes, des vêtements, des outils et des restes des quelque 30 victimes du naufrage. La conservation du bois, traitée par polyéthylène glycol pendant 17 ans, permit la construction du musée Vasamuseet autour du navire en 1990. C'est aujourd'hui le musée le plus visité de Scandinavie.

La Mary Rose, Portsmouth

La Mary Rose, vaisseau amiral d'Henri VIII, coula en 1545 en combattant la flotte française dans le Solent. Localisée en 1971 par le Dr Margaret Rule et le prince Charles, la coque tribord fut renflouée en 1982 après onze ans de fouilles subaquatiques préliminaires. Les 19 000 artefacts récupérés — armures, arcs longs en if de 2 mètres, vaisselle, instruments chirurgicaux, ossements de l'équipage — constituent la documentation la plus complète d'un navire militaire tudor. Le musée de Portsmouth, reconstruit en 2013 autour de la coque conservée, est l'un des musées archéologiques maritimes les plus exemplaires du monde.

Le mécanisme d'Anticythère

En 1900, un groupe de plongeurs d'éponges découvrit au large de l'île d'Anticythère (Grèce) une épave romaine du Ier siècle av. J.-C. Parmi les bronzes et les marbres récupérés se trouvait un bloc de bronze corrodé qui s'avéra, après des décennies d'étude, être un calculateur astronomique mécanique : 37 engrenages en bronze permettaient de prédire les positions du Soleil, de la Lune et probablement des planètes, ainsi que les cycles olympiques. Ce "mécanisme d'Anticythère", étudié notamment par le physicien Derek de Solla Price dans les années 1970 et scanné aux rayons X par une équipe internationale en 2005-2006, reste le seul artefact de ce type connu dans l'Antiquité : il devance de plus d'un millénaire les mécanismes astronomiques comparables.

Magnus Portus d'Alexandrie (Alexandrie submergée)

La rade d'Alexandrie, en Égypte, a englouti lors de séismes médiévaux une partie du quartier royal de la ville antique, incluant peut-être le palais des Ptolémées et le phare d'Alexandrie. Les fouilles subaquatiques de Franck Goddio pour l'Institut Européen d'Archéologie Sous-Marine (IEASM) depuis 1992 ont mis au jour des statues colossales, des sphinx, des colonnes et des blocs architecturaux du phare sur le fond de la baie d'Aboukir et dans le port est d'Alexandrie. La visibilité médiocre et le trafic maritime intense compliquent les opérations ; la photogrammétrie sous-marine a permis de cartographier des superficies importantes.

Le parc archéologique sous-marin de Césarée Maritime

Césarée Maritime, port de Judée construit par Hérode le Grand entre 22 et 10 av. J.-C., possède un parc archéologique sous-marin accessible en bouteille ou en palmes-masque-tuba organisé. Les structures du port artificiel — le plus grand port de haute mer de la Méditerranée orientale à l'époque de sa construction, utilisant du béton de pouzzolane romain — sont visibles entre 3 et 10 mètres de profondeur. Le Centre Recanati pour la recherche maritime de l'Université de Haïfa organise des programmes de formation et de fouille.

Permis et méthodes

La fouille archéologique sous-marine est réglementée dans la quasi-totalité des pays côtiers. En France, toute découverte dans les eaux territoriales doit être déclarée au DRASSM (Département des Recherches Archéologiques Subaquatiques et Sous-Marines). Plonger sur un site connu sans autorisation constitue une infraction pénale dans la plupart des législations nationales, et a fortiori emporter quoi que ce soit.

La photogrammétrie sous-marine — production de modèles 3D par assemblage photographique — a transformé la documentation depuis les années 2010. Sur une épave bien éclairée à faible profondeur, un plongeur équipé d'un boîtier étanche peut produire en une plongée un relevé tridimensionnel centimétrique de l'ensemble de la structure. La carte recense les sites sous-marins accessibles au public, avec indication du niveau de plongée requis.